Quelle est l'origine de cette expression ?
Quelle est l’origine de l’expression « Away with the fairies » ?
Cette expression trouve sa source dans la tradition écossaise et irlandaise (gaélique) de croyance en un ensemble de mythes populaires, dont la version la plus caricaturale est la croyance en l’existence du « petit peuple ».
Dans une mythologie qui n’est pas sans rappeler l’engouement actuel pour les récits d’enlèvements par des extraterrestres, le folklore irlandais confiait ce rôle aux Sidhe, un clan surnaturel et dominant de fées. Les récits racontaient comment les Sidhe surgissaient d’un lieu caché, que ce soit leur repaire souterrain ou un monde invisible, équivalent de la notion scientifique contemporaine de dimension parallèle, pour enlever des humains. Autre écho troublant avec la physique moderne et la relativité, ces histoires voulaient souvent que la victime, revenue après ce qui lui semblait n’avoir été que quelques heures, découvre que de nombreuses années s’étaient écoulées dans le monde des hommes.
La croyance courante en un autre monde peuplé de fées, elfes, lutins, farfadets et gobelins était très répandue dans l’Europe médiévale, tout comme la conviction que ces créatures interagissaient avec le monde réel. Une lettre adressée au poète écossais William Drummond, datée d’octobre 1636, contient ce passage :
As for the Fairy Queen, of whom you wrote to me, her Apparitions of late have bewitched so many, that I find sundry ready to dance with the fairies. [Quant à la Reine des fées, dont vous m’avez parlé, ses apparitions récentes ont ensorcelé tant de monde que je trouve nombre de gens prêts à danser avec les fées.]
La croyance selon laquelle certaines personnes étaient emmenées par les fées était donc bien établie lorsque l’expression « away with the fairies » a commencé à être employée, ce qui n’arrive qu’au XXe siècle. La première occurrence imprimée que l’on puisse trouver figure dans le journal néo-zélandais The Otautau Standard and Wallace County Chronicle, en mai 1909. L’article rapporte une histoire venue d’Irlande, dans laquelle un certain Michael Coyne tente de convaincre des témoins qu’il n’a pas assassiné son rival, James Bailey :
[Coyne] “Don’t mind your son; that is not him you see there.” Bridget Bailey understood that he meant that her brother was away with the fairies. [[Coyne] « Ne vous occupez pas de votre fils ; ce n’est pas lui que vous voyez là. » Bridget Bailey comprit qu’il voulait dire que son frère était away with the fairies.]
L’expression n’a commencé à être utilisée dans son sens figuré actuel, celui d’une personne rêveuse ou distraite, qu’à la fin du XXe siècle. Cet extrait du Washington Post, de juin 1987, illustre bien la manière dont l’expression apparaît couramment à partir des années 1980 :
“Still away with the fairies, the fey and gentle Incredible String Band epitomised the hippie ideals of the Sixties.” [« Toujours away with the fairies, le groupe Incredible String Band, à la fois étrange et doux, incarnait à merveille les idéaux hippies des années soixante. »]