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Quelle est l'origine de l'expression « Moaning Minnie » ?

La signification de l'expression

Une « Moaning Minnie » désigne une personne qui se plaint et râle sans cesse, ou de façon pessimiste.

Quelle est l'origine de cette expression ?

Quelle est l’origine de l’expression ‘Moaning Minnie’ ?

Ce terme a d’abord été employé dans un contexte militaire, en référence à des armes à feu ou à des sirènes, et non à des personnes.

Minnie, non pas une personne, mais un canon.

En 1847, Claude Étienne Minié, capitaine de l’armée française, met au point une balle en plomb tendre qui deviendra connue sous le nom de balle Minié (ou « minnie »). Ces balles se déformaient sous l’effet du tir depuis un fusil rayé, ce qui les faisait vrombir en vol et produire un son plaintif. On trouve de nombreuses mentions de minnie balls dans la presse de la seconde moitié du XIXe siècle, mais aucune ne fait référence à une plainte ou à une « moaning minnie », ce qui rend peu probable que ce soit là l’origine de l’expression.

Pendant la Première Guerre mondiale, l’armée allemande utilisait un type de mortier de tranchée appelé Minenwerfer. Les forces alliées le surnommèrent « minnie ». La première mention imprimée de ce surnom se trouve dans From the fire step, mémoires de guerre du soldat et auteur américain Arthur Guy Empey, publiés en 1917 :

“A German ‘Minnie’ (trench mortar) had exploded in the next traverse.” [Une « Minnie » allemande (mortier de tranchée) avait explosé dans la traverse voisine.]

On ne trouve cependant aucune trace de « Moaning Minnies » durant la Première Guerre mondiale, bien qu’un terme voisin, Mournful Mary (ou Maria), ait été inventé à l’époque pour désigner un type de sirène. On le trouve cité dans le journal américain The Independent, en juin 1918 :

“The sentry… sounds ‘Mournful Mary,’ a siren with a sob in her voice.” [La sentinelle… déclenche « Mournful Mary », une sirène à la voix sanglotante.]

Ce terme est encore précisé dans l’ouvrage de Fraser et Gibbons, Soldier and Sailor Words and Phrases, paru en 1925 :

“Mournful Maria, a nickname given to the Dunkirk syren, employed to give warning of enemy air attacks and long range shelling.” [Mournful Maria, surnom donné à la sirène de Dunkerque, utilisée pour signaler les attaques aériennes ennemies et les tirs d’artillerie à longue portée.]

Malgré tous ces éléments, assez proches de « Moaning Minnie », et bien que l’on pense généralement qu’il s’agit d’un terme datant de la Première Guerre mondiale, aucune citation imprimée n’apparaît avant la Seconde Guerre mondiale. Si l’expression avait vraiment existé dès la Première Guerre, l’immense masse d’écrits et de souvenirs de cette période en aurait sûrement conservé au moins une trace. Il s’avère que la première occurrence connue date de la Seconde Guerre mondiale et concerne une sirène d’alerte aérienne. On la trouve dans un roman de l’écrivain anglais Robert Greenwood, Mr. Bunting in peace and war, publié en 1941 :

“‘One up now,’ said Chris, listening to the drone of an engine. ‘Hope Moaning Minnie doesn’t sound, and bring mother downstairs.’” [« En voilà un maintenant », dit Chris en écoutant le vrombissement d’un moteur. « J’espère que Moaning Minnie ne va pas sonner, et faire descendre maman. »]

Peu après apparaissent des références au mortier allemand Nebelwerfer. Largement utilisé par les forces allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, le bruit strident de ses obus poussa les soldats américains et britanniques à lui donner divers surnoms, dont « Moaning Minnie ». On en trouve la trace dans un article du New York Herald Tribune, en février 1945 :

“The nebelwerfer is a six-barreled projector firing six-inch rockets… The rockets, not very accurate, are variously called ‘screaming meemies’ and ‘moaning Minnies’, but, like most Army slang terms, these names are also applied to other enemy explosives.” [Le nebelwerfer est un projecteur à six tubes tirant des roquettes de six pouces… Ces roquettes, peu précises, sont diversement appelées « screaming meemies » et « moaning Minnies », mais, comme la plupart des termes d’argot militaire, ces noms s’appliquent aussi à d’autres explosifs ennemis.]

Le terme était déjà utilisé pour désigner ce mortier au plus tard en avril 1944, comme en témoigne Hutchinson’s Pictorial History of War :

“When the Germans beat a hasty retreat from Cagny among the material they abandoned was this multiple mortar, or ‘Moaning Minnie’.” [Lorsque les Allemands battirent précipitamment en retraite de Cagny, parmi le matériel abandonné se trouvait ce mortier multiple, ou « Moaning Minnie ».]

À partir de 1944, les mentions écrites de « Moaning Minnie » se multiplient, désignant tantôt le mortier Nebelwerfer allemand, mais bien plus souvent une sirène d’alerte aérienne. Le mot « moaning » (gémissant, plaintif) fait clairement référence au bruit de ces engins. Quant au choix de « Minnie », il pourrait renvoyer aux mortiers « Minnie » de la Première Guerre mondiale, mais s’explique plus probablement par l’allitération avec « moaning ».

Il semble difficile de croire que ces deux usages soient apparus indépendamment l’un de l’autre. Et si l’un a influencé l’autre, lequel est venu en premier ? En écoutant des images d’archives montrant le Nebelwerfer en action pendant la guerre, on constate qu’il produit un sifflement strident et aigu, difficilement qualifiable de « plaintif ». Il paraît donc peu probable qu’on ait inventé le nom « Moaning Minnie » pour cet engin si l’expression n’existait pas déjà. Les sirènes d’alerte aérienne, en revanche, émettent bien un son plaintif, et elles étaient simplement surnommées Monas (d’après le prénom féminin Mona) dès le début de la guerre. Il est donc très probable que « Moaning Minnie » ait d’abord désigné une sirène d’alerte, avant d’être repris pour nommer le mortier.

Le premier emploi figuré connu de « Moaning Minnie », pour désigner une personne pessimiste et geignarde, apparaît étonnamment tard. La première occurrence que l’on puisse trouver date de The Sunday Times, janvier 1962 :

“Another said that she… ‘just didn’t believe these moaning minnies’.” [Une autre a dit qu’elle… « ne croyait tout simplement pas ces moaning minnies ».]

Exemples d'utilisation

  • « Elle passe son temps à se plaindre, une vraie moaning minnie », se moquait sa collègue.